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Vie maritime moderne

Les goélettes

Vie maritime autrefois

En 1986 coulait dans le lagon du Kia Ora à Moorea la dernière goélette de Polynésie.  Dernière aussi en activité de cabotage, la Vaitere fut l'ultime bateau de ce type construit dans nos archipels.  Lancée en 1940 au chantier Adrien Le Prado à Tahiti, cette goélette de 30 mètres était avec la Tamara plus petite, la seule représentante dans les années 70, d'une époque où les moteurs diesel partageaient le travail avec la voile.

Ces bateaux d'abord importés de Californie à la fin du siècle dernier, furent copiés et construits sur place, surtout à Rurutu et Tubuai.  Les charpentiers utilisaient le bois du ati, tou, tohonu et celui du purau qui se prêtait bien par ses troncs courbes aux arrondis du Bouchain.  Les bordés étaient en pin ou kauri de Nouvelle-Zélande.  Les goélettes (dont Manureva, la dernière à naviguer uniquement à la voile et naufragée en 1945) mesuraient de 25 à 30 mètres en moyenne, employaient une vingtaine d'hommes d'équipage et transportaient 50 passagers et 130 tonnes de fret.  A l'époque où elles furent dotées de groupes diesel, une rotation sur les Marquises par exemple, durait 25 jours de Tahiti à Tahiti, et cela 8 fois par an.

Les 25 unités qui composaient la flotte marchande de Papeete durant des décennies, se virent remplacées peu à peu, après la guerre, par de petits caboteurs en bois que les armateurs allaient chercher en Amérique.  Ces petits navires également disparus aujourd'hui, ont laissé la place à des cargos modernes que l'on appelle toujours, par habitude, des goélettes...  

 

La Tamara  construite à Tubuai en 1936 pour la Société Protestante, devient la propriété de la Société perlière et de pêche d’Aratika. Délaissée par l’administration, elle devait pourrir doucement pendant plus de dix ans à quai, sur le front de mer de Papeete où elle finit par s’enfoncer en 1983. Remorquée jusqu’au lagon de Faaa, l’épave fut coulée.

Les liaisons maritimes

S embarquer pour Tahiti au début du siècle n'avait rien d'un rêve et le touriste curieux n'existait pas.

En 1900, c'est de Marseille ou du Havre que l'on partait et il ne fallait pas compter toucher Tahiti avant une dizaine de semaines.

En embarquant à Marseille, le bateau passait le canal de Suez, puis touchait Ceylan, Sydney et Auckland.  De là, une fois par mois, un petit vapeur, le Richmond, conduisait les voyageurs jusqu'à Papeete.  C'était le trajet reconnu le plus sûr et le plus régulier.

Le deuxième itinéraire, à partir du Havre, demandait d'abord une semaine pour traverser l'Atlantique jusqu'à New York, puis encore autant pour franchir de l'Est à l'Ouest les Etats-unis jusqu'à San Francisco.  Ce voyage terrestre était plein d'imprévus et harassant.  Les passagers n'étaient pas au bout de leur peine en arrivant en Californie car, seul un voilier pouvait alors les conduire vers Tahiti.

La durée et le relatif confort dépendaient bien entendu des caprices des vents.  En 1906, les Américains desserviront enfin Tahiti deux fois par an avec un grand vapeur, le Mariposa.  Puis en 1910, de façon épisodique, la Compagnie Navale de l'Océanie y enverra ses vapeurs.

Jusqu'après la seconde guerre mondiale, les «Messageries Maritimes» occuperont la ligne avec des vapeurs de plus en plus rapides et confortables, et dans les années 50, elles mettront en place deux bateaux jumeaux: le Tahitien et le Calédonien.

Ces paquebots mixtes assurent l'aller-retour Marseille-Sydney-Marseille par le canal de Panama en se croisant dans le Pacifique.

Tous les Polynésiens gardent en mémoire les arrivées à Papeete ou à Taiohae dont l'accueil extraordinaire des voyageurs comptera beaucoup dans la renommée de Tahiti.

Les escales étaient Alger, Madère, la Guadeloupe et la Martinique, Curaçao, le canal et Tahiti.  Derniers relents d'une époque post-coloniale, la vie à bord était très hiérarchisée.  Les fonctionnaires et les commerçants aisés voyageaient en première classe dont l'accès du pont supérieur était interdit aux occupants des deux autres groupes qui eux, pouvaient se fréquenter.  En troisième se serraient des émigrants pour l'Australie, souvent Scandinaves, et des troufions partis faire leur service à Tahiti ou à Nouméa.  En zone tampon, la seconde classe occupée par les sous-officiers, les gendarmes et leurs épouses, des artisans et quelques petits blancs fuyant l'Europe.  Cette mini-société reconstituée sur l'eau, s'ennuyait pendant les 30 jours que durait le voyage jusqu'à Tahiti.

L'escale de Taiohae des deux navires à deux jours d'intervalle, apportait à l'île un mouvement et des distractions que beaucoup de Marquisiens regrettent aujourd'hui.

Le Tahitien et le Calédonien furent les derniers bateaux de passagers qui desservirent Tahiti depuis l'Europe de façon régulière.  Le Montereyet le Mariposa, de la Matson Lines, assuraient également une rotation Los Angeles Tahiti-Auckland-Honolulu.