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Les
liaisons maritimes
S
embarquer pour Tahiti au début du siècle n'avait rien
d'un rêve et le touriste curieux n'existait pas.
En
1900, c'est de Marseille ou du Havre que l'on partait et
il ne fallait pas compter toucher Tahiti avant une
dizaine de semaines.
En
embarquant à Marseille, le bateau passait le canal de
Suez, puis touchait Ceylan, Sydney et Auckland.
De là, une fois par mois, un petit vapeur, le
Richmond, conduisait les voyageurs jusqu'à Papeete.
C'était le trajet reconnu le plus sûr et le
plus régulier.
Le
deuxième itinéraire, à partir du Havre, demandait
d'abord une semaine pour traverser l'Atlantique jusqu'à
New York, puis encore autant pour franchir de l'Est à
l'Ouest les Etats-unis jusqu'à San Francisco.
Ce voyage terrestre était plein d'imprévus et
harassant. Les
passagers n'étaient pas au bout de leur peine en
arrivant en Californie car, seul un voilier pouvait
alors les conduire vers Tahiti.
La
durée et le relatif confort dépendaient bien entendu des
caprices des vents.
En 1906, les Américains desserviront enfin
Tahiti deux fois par an avec un grand vapeur, le Mariposa.
Puis en 1910, de façon épisodique, la
Compagnie
Navale de l'Océanie y enverra ses vapeurs.
Jusqu'après
la seconde guerre mondiale, les «Messageries Maritimes»
occuperont la ligne avec des vapeurs de plus en plus
rapides et confortables, et dans les années 50, elles
mettront en place deux bateaux jumeaux: le Tahitien
et le Calédonien.
Ces
paquebots mixtes assurent l'aller-retour
Marseille-Sydney-Marseille par le canal de Panama en se
croisant dans le Pacifique.
Tous
les Polynésiens gardent en mémoire les arrivées à
Papeete ou à Taiohae dont l'accueil extraordinaire des
voyageurs comptera beaucoup dans la renommée de Tahiti.
Les
escales étaient Alger, Madère, la Guadeloupe et la
Martinique, Curaçao, le canal et Tahiti.
Derniers relents d'une époque post-coloniale, la
vie à bord était très hiérarchisée.
Les fonctionnaires et les commerçants aisés
voyageaient en première classe dont l'accès du pont
supérieur était interdit aux occupants des deux autres
groupes qui eux, pouvaient se fréquenter.
En troisième se serraient des émigrants pour
l'Australie, souvent Scandinaves, et des troufions
partis faire leur service à Tahiti ou à Nouméa.
En zone tampon, la seconde classe occupée par
les sous-officiers, les gendarmes et leurs épouses, des
artisans et quelques petits blancs fuyant l'Europe.
Cette mini-société reconstituée sur l'eau,
s'ennuyait pendant les 30 jours que durait le voyage
jusqu'à Tahiti.
L'escale
de Taiohae des deux navires à deux jours d'intervalle,
apportait à l'île un mouvement et des distractions que
beaucoup de Marquisiens regrettent aujourd'hui.
Le
Tahitien et
le Calédonien furent
les derniers bateaux de passagers qui desservirent
Tahiti depuis l'Europe de façon régulière.
Le Montereyet
le Mariposa, de
la Matson Lines, assuraient également une rotation Los
Angeles Tahiti-Auckland-Honolulu.
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