| Polynésiens,
s'oppose aux possibilités de celle des latitudes Nord. Ce
qui paraissait donc impossible pour la culture européenne
devenait plausible. Caractérisé par de longues suites d'étoiles,
le ciel équatorial permettait au marin d'associer une
constellation à l'île qu'il voulait atteindre. Il faut
donc en conclure qu'il connaissait cette Île, d'où la théorie
de l'aller-retour.
Un
premier voyage d'exploration était effectué pour découvrir
une île sur laquelle une installation serait possible, puis,
sa direction par rapport aux étoiles mémorisée, on
retournait chercher familles, animaux et plantes pour tenter
la colonisation. Ces voyages ont pu durer plusieurs siècles,
les techniques de construction des pirogues et les moyens de
constituer des réserves d'aliments se modifiant à mesure
que les voyages devenaient plus longs.
Les
essais de navigation effectués en 1976 depuis Hawaii jusqu'à
Tahiti par une pirogue double reconstituée, révèlent que
ce type d'embarcation peut tenir une route en remontant au
vent et être dirigé. Si ces pirogues n'avaient pu naviguer
que sous le vent, ou à la dérive, il n'y aurait
probablement pas eu de peuplement de la Polynésie avant
l'arrivée des Européens.
 |
Les
étapes du peuplement dans le triangle polynésien.
La
chronologie des migrations est représentée par des
couleurs différentes. Il est intéressant de noter
que Tahiti aurait été peuplée a partir des
Marquises, de deux à trois siècles après I’île
de Paques.
Les deux derniers voyages, non-dates, restent discutés.
(Selon J.D. Jennings 1979)
|
Les
pirogues
La
pirogue fut probablement l'objet oeuvré le plus essentiel
de la culture polynésienne, car sans elle il n'y aurait pas
eu de populations insulaires telles que nous les connaissons
aujourd'hui.
La
nature, la forme et la construction des embarcations qui ont
permis aux migrants de voyager à travers le Pacifique, sont
très mal connues. On
peut donc seulement supposer que les anciens naviguaient
comme leurs descendants, sur des pirogues doubles ou à
balancier. En
revanche dès la découverte de Tahiti en 1767, les Européens
peuvent donner les premières descriptions des modèles
qu'ils observent. Tous
ces voyageurs sont frappés de voir le rôle important joué
par la pirogue dans la vie quotidienne des Tahitiens.
Outil
indispensable pour la pêche, moyen impératif de transport
entre les îles ou engin de guerre, ces embarcations réalisées
avec les moyens de l'âge de pierre sont remarquables pour
leurs principes de construction et leurs qualités nautiques.
On
peut classer les pirogues anciennes suivant leur dessin et
leur mode de propulsion: pirogues doubles à pagaie ou à
voile et pirogues à balancier à pagaie ou à voile.
Des
formes modernes, que les chaloupes des Européens inspirèrent,
sont aussi représentées dans les figures qui suivront.
La
petite pirogue simple à balancier et à pagaie, uaa,
de
5 à 9 mètres, sert pour les petits déplacements et la pêche
côtière. La
coque est creusée dans un seul tronc d'arbre (comme le tamanu)
et le balancier est à gauche.
La
pirogue à balancier et à voile, vaa
motu, de
10 à 13 mètres, est utilisée pour la pêche et les petits
voyages. La
coque est travaillée dans un ou deux troncs et au moins une
rangée de bordés est ligaturée au-dessus des bords plats.
La traverse avant du balancier supporte une étroite
plate-forme permettant à un homme de faire contrepoids si nécessaire.
Le type de voilure est différent suivant les
archipels.
La
pirogue double à voile, tipairua
pour
le transport et pahi pour
le voyage. Elle
peut atteindre 25 mètres de long.
A une ou deux voiles ce "catamaran" est
manoeuvré par 4 à 20 hommes suivant sa taille.
C'est le type de pirogue avec lequel on estime
possible les grands voyages de découvertes.
Une soixantaine de passagers et leurs provisions
pouvaient prendre place à bord.
La
pirogue double à pagaie.
Outre
la tira pour la pêche,
on ne trouve que les pirogues de guerre dans cette catégorie.
La pahi tamai se
divise en deux classes: celle à fond arrondi destinée
uniquement à la guerre, et d'autres à fond en V pouvant être
utilisées soit pour la guerre, soit pour voyager.

Deux
types d’écopes, indispensables pour vider les pirogues de
l’eau qui pénétrait par les coutures des bordes. Iles de
la Société et, a droite, Marquises
La
construction des pirogues
La
totalité des matériaux, de la charpente jusqu'aux voiles,
en passant par les cordages, était d'origine végétale.
Les
illustrations qui suivent ce texte expliquent la préparation
et l'utilisation de ces matériaux pour les diverses parties
d'une pirogue type. En
l'absence de métaux, le travail était réalisé au moyen
d'outils en pierre, en bois, en coquillage, en os et en arêtes
de poisson.
Les
arbres que l'on évidait pour confectionner la coque ou
parties de coque, devaient être grands et bien droits.
On ne peut aujourd'hui qu'imaginer ces pieds
totalement disparus dans des tailles exploitables.
Le tamanu utilisé également pour les planches des
bordés et les mâts, n'est pas très grand aujourd'hui et
le tou est peu
représenté. Le
aito, trop dur et
trop lourd pour en faire des coques, le uru
et le purau peu
solide, sont parmi les bois utilisés dans les pirogues,
ceux qui ont gardé sans doute leurs formes d'alors.
Le pandanus lui, est le seul arbre qui permet encore
aujourd'hui, et de manière quotidienne, les mêmes
utilisations qu'à l'époque.
La
construction d'une grande pirogue confiée à des ouvriers
spécialisés, jouissant d'un grand prestige social, était
suivie par des grands prêtres, et l'entreprise était
accompagnée tout au long du travail d'invocations aux dieux.
On édifiait un abri spécial pour la construction
des coques et les divers assemblages, pendant qu'à côté
étaient tressés ou cordés le gréement et la voilure.
Le finissage terminé, la pirogue recevait un nom et
était consacrée à un dieu.
Le
lancement du
pahiétait fait en présence de toute la population
du district et du roi.
Le chef constructeur invoquait l'aide des dieux pour
l'opération et la pirogue, poussée par les artisans, avançait
sur des rouleaux de cocotier jusqu'à la mer.
A l'occasion du lancement d'une pirogue sacrée, des
corps d'ennemis étaient mis entre les rouleaux.
Une
mise à l'eau était un événement exceptionnel qui donnait
lieu à de grands festins et à d'interminables cérémonies.
 |
Pirogue
de guerre de Nuku Hiva. Il suffisait de retirer
les deux plates-formes de combat pour
transformer la pirogue en version voyage.
De 13 à 17 mètres et pouvant emporter une
trentaine d’hommes.
|
|

|
Pirogue
double de voyage de Nuku Hiva. Jusqu'à 20 mètres
|
 |
Construite
a la manière des chaloupes, la vaka poti dont
les bordes sont cloues a clins, dotée d’un
gouvernail et de voile en toile, est le type même
de la pirogue « métissée » après
l’arrivée des Européens.
|
|
|
 |
Pirogue
double des Tuamotu du centre. Destinée aux
grands voyages, elle mesure de 12 a 20 mètres
suivant le type. Ses deux mats sont étayés et
la coque secondaire servant de balancier est
plus courte.
|
|
Le
voyage
Sur
les grandes pirogues de voyage, parcourir de longues
distances souvent face aux alizés, gardait les Polynésiens
plusieurs semaines ou
quelques mois à la mer.
Leur vie à bord était donc réglée par diverses tâches,
desquelles dépendait
la survie du groupe.
L'étanchéité des coques au bordage cousu était si
mauvaise que des hommes devaient jour et nuit écoper le
catamaran pour que son poids n'augmente jamais.
Par calme plat l'équipage s'installait dans les
flotteurs affin de maintenir* en pagayant la progression et
le cap. La
voilure en nattes de pandanus souffrant beaucoup,
l'entretien de ces tressages et de leurs attaches était
quotidien.
Outre les plants d'arbres et les animaux reproducteurs que
les voyageurs voulaient introduire sur leur nouvelle île,
on amassait au départ des provisions d'aliments frais, desséchés
ou stabilisés par diverses cuissons, telles des noix
de coco fraîches ou sèches, des patates douces, du
taro, des bananes, de la canne à sucre, des fruits d'arbre
à pain en pâte, du pandanus et du poisson non pélagique séché.
Tandis que des pêcheurs assuraient le stock de poisson
frais, d'autres cuisinaient au moyen d'un foyer maintenu
allumé dans un bac de sable.
Certaines très grandes pirogues possédaient même
de véritables fours où cuisaient plusieurs cochons.
L'eau douce était conditionnée dans des calebasses
et bien entendu, le coco étanchait aussi la soif.
Nous l'avons vu, quelque éloignée que soit leur
provenance, les émigrants transportaient avec eux les
plantes et les animaux dont ils avaient l'usage.
Ces plantes, importantes pour leur alimentation, sont
encore, pour la plupart, consommées aujourd'hui.
L'arbre
à pain uru, le taro,
l'igname ufi, la patate douce umara, la banane fei,
la canne à sucre et le cocotier étaient ainsi distribués
sur les îles au gré des déplacements, comme le furent le
chien, le cochon et le poulet.
Avant l'arrivée du métal, les outils des horticulteurs et
des pêcheurs étaient fabriqués dans le bois et les roches.
Les coquillages, après façonnage, devenaient une
quantité d'objets, herminettes, gouges, pèle -fruits,
peignes et hameçons.
Le feu était obtenu par friction et l'on cuisait les
aliments à l'étouffée dans un four creusé dans le sol,
chauffé par des pierres volcaniques et recouvert de végétaux
et de terre. Le
ahimaa est encore pratiqué de nos jours.
Aux
Tuamotu les insulaires, privés de tubercules, consommaient,
outre le poisson, le fruit du pandanus et les oeufs
d'oiseaux de mer.
Ajoutons
que les Polynésiens n'avaient aucune boisson distillée et
que le seul breuvage anesthésiant en usage était une
boisson nommée kava, à base de racine (Piper
methysticum) qu'on mâchait et faisait fermenter en la mélangeant
à la salive.
La
pêche.
Le prélèvement sur les ressources marines
devait être autorisé par le chef riverain qui en échange,
recevait une part des captures.
Il pouvait également organiser des pêches
collectives à l'occasion de fêtes, ou interdire de pêcher
afin de protéger certaines espèces ou de constituer des réserves
avant un festin.
Les
lignes, tressées par chaque pêcheur, étaient faites avec
l'écorce d'un arbuste des vallées et, torsadées en trois
brins, devenaient d'une grande finesse.
Les
hameçons découpés généralement dans la nacre de l'huître
perlière, étaient façonnés à l'aide de limes de corail.
Leurs formes variant suivant les poissons, les petits
hameçons de nacre ou de coquillage étaient réservés à
la pêche en eaux peu profondes.
On pêchait les gros poissons à partir du récif
frangeant avec des hameçons en bois de grande taille, munis
d'une pointe rapportée.
Une
autre pêche, dont l'initiative revenait au chef de
l'endroit, était pratiquée en haute mer à partir d'une
pirogue double munie à l'avant d'une longue perche mobile.
Il s'agissait de la pêche au thon à l'appât
vivant, dite "à la
tira".
Pour
la pêche à la bonite, on se servait d'une canne en bambou
et d'une ligne courte à laquelle était accroché un leurre
en nacre imitant la forme d'un petit poisson et terminé par
des poils de cochons et une pointe.
Ce principe d'hameçon est encore utilisé
aujourd'hui.
Les
filets également tressés au moyen de fibres d'écorce, étaient
répandus dans toute la Polynésie.
Autre
procédé encore utilisable aujourd'hui, l'engourdissement
du poisson par l'emploi de racines ou d'amandes broyées (hutu
en tahitien), que le pêcheur agite devant les trous.
Le poison, non dangereux pour l'homme, engourdit les
poissons qui se laissent aisément harponner.
La
tortue enfin, se distinguait des autres proies par le caractère
sacré qu'on lui accordait, et ce mets "royal" ne
pouvait être touché par les femmes.
Aux Tuamotu, lors des cérémonies au marae,
le reptile marin était offert aux esprits des ancêtres
avant d'être consommé par les anciens.
La carapace et le plastron de la tortue servaient également
de matériau pour confectionner divers outils ou ornements.
|