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Les
Européens
À
la recherche d'un continent imaginaire
L'inconnu
et la quête de nouvelles richesses dans les océans
encore inexplorés, pousseront les grandes nations à
lancer des expéditions sur le Pacifique à partir du
XVIe siècle. Si déjà en 1521 les atolls des Tuamotu sont découverts, ce
n'est qu'en 1595 que le premier contact humain s'établit
entre les indiens et les Européens dans cette partie
de l'océan.
L'Espagnol
Alvaro de Mendana sans expérience, avait une première
fois en 1567, navigué vers l'Ouest et traversé la
Polynésie sans rien voir de nos îles! 28 ans plus tard,
Mendana réussit enfin à faire approuver une nouvelle
expédition. Il
prend pour second le navigateur Portugais Pedro
Fernandez de Quiros.
Le 16 Juin 1595 quatre navires quittent le Pérou avec
une troupe disparate de 400 individus.
Ils arrivent en vue de Fatu Hiva après cinq
semaines de navigation.
Premier contact historique avec les Européens, les
Marquisiens découvrent avec l'homme blanc, les armes à
feu. Pour
marquer l'événement les
Espagnols
quittent l'île en laissant derrière eux 200 morts et
la syphilis.
Bien sûr, les conquérants ne trouveront jamais leur
Eldorado. Mendana
succombe avec une grande partie de ses gens qu'il a
conduits vers la misère, et un seul bateau, commandé
par Quiros, atteint miraculeusement les Philippines avec
50 survivants.
En 1605, Quiros, malgré son expérience malheureuse
avec Mendana, repart de Callao au Pérou, pour tenter à
son tour de découvrir ces fameuses terres Australes.
Pour cela, il choisit logiquement de faire route plus au
sud. Mais
après des semaines de mer totalement vide, le manque
d'eau et de nourriture le fait raisonnablement changer
de cap vers le nord-ouest. Cette manœuvre imprévue le dirige droit sur les
Tuamotu. Après
avoir longé plusieurs atolls inhospitaliers il entre
enfin dans le lagon de Hao le 4 février 1606.
Les indigènes accueillent aimablement les voyageurs qui
débarquent des trois galions, et leur permettent de se
ravitailler. Ils
repartent nord-nord-ouest puis plein ouest. Sur cette longue route ils ne rencontrent que de
rares îles sur lesquelles les habitants sont si
hostiles qu'ils n'essaient même pas de débarquer.
L'expédition se terminera comme avec Mendana, aux
Nouvelles-Hébrides. Quiros en repartira seul pour rentrer à Acapulco
par le nord du Pacifique. Il faudra attendre 160 ans pour qu'un nouveau
bateau espagnol revienne dans nos eaux.
Pirates
et corsaires
De
nombreux navires de commerce ont aussi sillonné le
Pacifique au 16e,17e et 18e
siècles.
En
1565 les Philippines sont annexées par l'Espagne et très
régulièrement des galions font l'aller-retour avec
leur cargaison entre le Mexique et Manille. Au départ d'Acapulco la traversée est faite en
ligne droite entre 10° et 15° au-dessus de l'équateur. Au vent portant ils mettent une centaine de jours
pour toucher Manille. Par contre face aux alizés d'Est, ils sont
incapables de revenir par la même route. Les galions trouvent un autre chemin en longeant
le Japon, le nord de l'océan et en redescendant la côte
de Californie.
Ce
va-et-vient de navires richement chargés devait exciter
des convoitises et les corsaires anglais trouvent dans
le Pacifique un terrain de chasse idéal.
A
partir de 1698 des Français de la Rochelle et de Saint-Malo
sont également présents sur cet océan où avec les
anglais ils représentent un danger permanent pour les
navires espagnols.
Les Malouins sont les premiers Français à
emprunter la route du cap Horn au lieu du détroit de
Magellan, et le succès de leurs opérations encourage
de plus en plus de compatriotes à faire route vers les
ports sud américains.
Avec le nombre, la concurrence est telle que certains
vont chercher à commercer de l’autre côté de l’océan
autour de 1710. Ainsi après avoir vendu au Pérou et au
Chili leurs cargaisons françaises, les capitaines
traversaient le Pacifique pour acheter en Chine des
marchandises qu’ils revenaient vendre en Amérique. Il
est aujourd’hui certain que quelques capitaines en
partant d’Asie préféraient retourner en France par
l’Afrique. Ce qui permet d’avancer que Bougainville
ne fut pas le premier navigateur français a boucler le
tour du monde (1766–1769).
A
cause du caractère illicite de ce trafic de semi-contrebande,
l’histoire n’a pas retenu les exploits de ces équipages
du tout nouveau 18e siècle.
L'exploration
scientifique
Officiellement,
ce sont les Anglais qui vont ouvrir une ère nouvelle
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
avec les premières explorations scientifiques dans un
Pacifique, il est vrai, toujours très mal connu en
1760.
Pourtant
dès 1700, Louis XIV patronne déjà une expédition
commandée par Jacques de Beauchesne qui franchit d'Est
en Ouest le détroit de Magellan. Sa mission, sans doute
inspirée par les succès des marchands malouins, est
essentiellement d'étudier des débouchés commerciaux,
mais aussi de réunir des informations. Un
hydrographe, Duplessis, est du voyage pour établir
le relevé des eaux et des terres visitées. Ce savant, fasciné par tout ce qu'il découvre,
se révèle aussi un peintre, au talent naïf mais
certain.
Sur
le plan commercial, l'expédition de Beauchesne qui
longe les côtes sud-américaines, ne couvre pas ses
frais. Mais
grâce à Duplessis, elle est beaucoup plus féconde que
ce bref bilan le suggère. En peignant le milieu naturel et en dressant le
relevé détaillé des détroits, baies et ports, c'est
une conception nouvelle de l'exploration que son travail
reflète. D'autres gouvernements comprennent alors
l'importance de l'étude scientifique et, dans les expéditions
suivantes, figurent des astronomes, naturalistes et
ethnologues à côté de peintres. L'étude sérieuse des secrets du Pacifique
commence.
Chez
les Anglais, c'est le commodore John Byron qui sera le
premier envoyé autour du monde par le roi d'Angleterre,
et qui en 1765 longera les îles des Tuamotu sans
pouvoir y mouiller.
Wallis
La
découverte de Tahiti par Samuel Wallis le 17 juin 1767,
reste l'événement historique le plus important de la période.
C'est
à Taiarapu, au sud de l'île que le capitaine anglais
mouille le
Dolphin, et devra intimider les insulaires à coup
de canons, tant ces derniers se montrent agressifs. Le lendemain le bâtiment se dirige vers le nord
de l'île à la recherche d'un mouillage plus
accueillant et le 23 juin il s'ancre en baie de Matavai.
Tout
d'abord intéressés par le troc organisé par les
Anglais, les milliers d'occupants des pirogues qui
entourent le Dolphin se mettent soudain à lancer des
pierres sur la frégate. Wallis à nouveau fait tirer du canon.
Le
lendemain il envoie à terre des hommes armés pour
prendre possession officielle de l'île qu'il nomme île
du roi George lll. Mais toujours harcelé par les Tahitiens sur
l'eau comme à terre, Wallis décide de montrer une fois
pour toutes sa supériorité. Il fait tirer sur les embarcations et sur la
foule à terre qui assiste au combat. Alors que de nombreuses victimes sont à déplorer,
l'Anglais débarque des saboteurs qui devront détruire
toutes les pirogues. Calmés, les insulaires aideront l'équipage, en échange de
clous, à refaire des provisions. L'arrivée à Matavai de Purea n'est pas étrangère
à cette soudaine bonne volonté des indigènes à l'égard
des voyageurs. Cette
chefesse de grand pouvoir, souvent improprement appelée
reine, est l'épouse de Amo, chef du grand clan des Teva
dont Wallis a détruit la flotte. Cet ari'i
rahi sera tué par les balles des mercenaires européens
de Pomare en 1793.
Purea
prendra en charge jusqu'à leur appareillage, les
Anglais dont elle pleurera le départ.
Bougainville
Le
2 avril 1768, soit quelques mois après le passage du Dolphin,
deux navires français arrivent à Tahiti. L'
Etoile et la Boudeuse, commandés par Louis-Antoine de Bougainville, relâchent
dans le lagon de Hitiaa sur la côte est, pour une
escale de dix jours. Partis de Nantes le 16 novembre 1766, ces bateaux
gagnent le Brésil, franchissent le cap Horn pour
traverser ensuite le Pacifique.
A Hitiaa, Bougainville établit à terre un
campement pour abriter la trentaine de scorbutiques de
l'expédition, que l'utilisation de plantes médicinales
doit soulager. Il
semblerait que ce trop court séjour à Tahiti n'ait pas
permis aux scientifiques affectés au voyage, un
astronome et un naturaliste, de travailler beaucoup, et
Bougainville, pourtant d'une plus grande culture que
Wallis et Cook, se montrera plus sensible aux charmes de
la vie quotidienne que curieux des détails du
particularisme polynésien. Il sera à l'origine, dès son retour en France,
de l'image idyllique de Tahiti, qu'il nomme la NouvelleCythère
en prenant possession de l'île à son tour.
"Voilà
le seul voyage dont la lecture m'ait inspiré
du
goût pour une autre contrée que la mienne"
Denis
Diderot
Son
"Voyage" publié en 1771 devait avoir un
retentissement immense et durable. Si Bougainville a laissé à Cook le mérite de
percer sérieusement les mystères océaniens, il a donné
aux hommes une somme de rêve et un nouveau paradis.
On
lui doit également d'avoir amené à Paris le premier
Tahitien que connût l'Europe, Ahutoru. Le comte d'Empire L.A.de Bougainville mourut à
Paris le 30 août 1811.
Cook
Lorsque
Wallis revint en Angleterre, l'Amirauté avait déjà décidé
d'envoyer une nouvelle expédition dans le Pacifique
pour observer, le 3 juin 1769, le transit de Vénus
devant le disque solaire. Ce phénomène ne devant plus
se reproduire avant 1874.
Choisi
comme chef de l'expédition pour ses qualités de
cartographe et ses bonnes connaissances en astronomie,
indispensables au succès de l'entreprise, James Cook
est un jeune officier de 39 ans inconnu de ses
concitoyens. Il est chargé de conduire jusqu'à Tahiti
sur un ancien navire charbonnier rebaptisé l'Endeavour,
l' astronome Charles Green et deux autres savants qui
doivent étudier la flore et la faune.
Si
la Royal Society de Londres, la compagnie scientifique,
la plus distinguée du pays, provoque l'expédition, la
Marine elle, qui ne s'intéresse pas à l'astronomie,
pense que le navire pourrait continuer sa route et
annexer quelques terres avant l'arrivée des Français.
Pourtant,
le résultat le plus important de ce voyage et des deux
suivants de Cook, ne se mesure pas en termes de
territoires, mais de connaissances. Patient et méthodique,
contrairement à ses prédécesseurs pressés et mal
organisés, il dissipa les mythes et les illusions et,
au total, donna au monde un trésor longtemps recherché:
la carte d'ensemble du Pacifique.
Dès
son arrivée à Tahiti le 13 avril 1769, Cook commence
la construction d'un fort pour protéger l'astronome et
ses instruments.
Si
le 3 juin les observations astronomiques prévues sont
un échec faute d'appareils suffisamment précis, les
naturalistes Joseph Banks et Daniel Solander en revanche,
récoltent une énorme collection de nouvelles espèces
de plantes, d'oiseaux, de poissons et d'insectes. Par
ailleurs Cook consigne dans son journal de bord de précieuses
descriptions des coutumes du pays qui permettent
aujourd'hui une relative connaissance d'une culture
tahitienne sans traces écrites.
Ce
grand explorateur fit à nouveau escale à Matavai en
1773, 1774 et 1777 apportant chaque fois de nouvelles précisions
sur la société Polynésienne.
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Chronologie
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- 1595
MENDANA
- 1606
QUIROS
- 1616
LEMAIRE and SCHOUTEN
- 1722
ROGGEVEEN
- 1765
BYRON
Durant ces deux siècles, aucun de
ces navigateurs n'a découvert
Tahiti
- 1767
17Juin: WALLIS - Découverte
de Tahiti
- 1768
6 Avril. BOUGAINVILLE. Le navigateur
français accoste à Hitiaa
- 1769
16 Mars. Bougainville repart à
Brest en compagnie d'Ahutoru, le
premier Tahitien à se rendre en
Europe. Le 17 Avril, Cook accoste
pour la première fois à la
pointe Vénus.
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- 1772
Novembre. BOENECHEA.
Le navigateur espagnol accoste à
Tautira, quatre Tahitiens partent
pour Lima.
- 1773
COOK. deuxième voyage, Omai part à
Londres
- 1774
Boenechea reviens du Pérou
avec trois Tahitiens.
- 1776
COOK.Troisième voyage, retour
d'Omai
- 1779 Cook est tué à Hawaii
- 1789
Mutinerie de la Bounty
- 1791 Vancouver arrive à Tahiti
- 1792
Retour de Bligh
- 1797
Arrivée de JamesWILSON.
Conversion de la population au
christianisme, Fin de la période
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Les
mercenaires du Bounty
Le
compagnon de Cook, Joseph Banks, devenu président de la
Royal Society de Londres, choisit le jardinier David
Nelson pour accompagner William Bligh dans sa lointaine
mission. Le but de l'expédition est de collecter des
plants d'arbre à pain et de les transplanter aux
Antilles anglaises. Ces hommes ont également déjà été
à Tahiti en 1777 avec le capitaine Cook. La plus célèbre
mutinerie de l'histoire dont fut victime Bligh à titre
de commandant du Bounty ne sera pas à nouveau contée
ici. Cependant, si les auteurs de livres et de films ne
se sont pas montrés tendres pour cet énergique meneur
d'hommes, ils ne dirent rien de l'importance capitale de
cet épisode dans l'histoire de Tahiti.
Nous
savons en effet qu'au cours de son séjour de cinq mois
en 1789 et avant la mutinerie, l'équipage a exercé une
profonde influence sur la population tahitienne.
Après
l'abandon de Bligh et de ses fidèles en haute mer,
Fletcher Christian et les 24 marins, dont certains
contraints malgré eux de rester à bord à cause de
leur qualification professionnelle, tentèrent de
s'installer à Tubuai dans les Australes. Toutefois
cette implantation ne fût pas possible à cause de
l'opposition des habitants. Christian décidera donc de
partir à la découverte d'une autre île après un
retour à Tahiti pour y débarquer ceux qui ont choisi
d'y retourner malgré le risque évident d'y être
retrouvés facilement par les autorités anglaises. Avec
seulement huit compagnons et quelques Tahitiens,
Christian fondera la population de Pitcairn.
Les
16 marins restés à Tahiti, plus un homme débarqué
entre temps par un capitaine anglais de passage, vont,
grâce à leur participation militaire et à leurs armes,
changer le cours de l'histoire tahitienne.
Lors
de son dernier voyage plus de dix ans auparavant, Cook
avait déjà apporté son appui à un jeune chef, Tu,
dans ses conflits avec d'autres chefferies. Si bien qu'à
l'époque des mutins, le futur Pomare est le numéro un
de Tahiti. Reçus par Bligh à bord du Bounty, couverts
de cadeaux, Tu devenu Tina et son épouse Itia, sont
jalousés par tous les autres chefs des faveurs dont ils
jouissent. Le départ de Bligh va évidemment désespérer
le couple "royal" qui redoute une vengeance
rivale. On comprend alors très bien avec quel intérêt
Tina, qui une fois encore a changé son nom et s'appelle
désormais Mate, voit revenir les Anglais et leurs
mousquets. Il y a longtemps qu'il a compris qu'avec
quelques mercenaires européens il pourra devenir le maître
de toute l'île en se faisant respecter. Pourtant, à
part deux ou trois brutes qui finiront par s'entretuer,
les mutins préfèrent se mettre aussitôt à construire
une goélette pour quitter l'île, plutôt que de se mêler
de guerre comme le leur demande Mate. En avril 1790, ils
se contentent de fournir les mousquets qui permettront
de conquérir Moorea. Les anglais interviennent une
première fois directement contre les gens de Faaa qui,
effrayés par leur apparition dans la batailleuse
retirent dans le plus grand désordre. Réalisant alors
qu'ils se sont fait beaucoup d'ennemis et redoutant leur
propre destruction si les armées adverses gagnaient,
les mercenaires s'engagent à fond pour Ari'ipaea le frère
de Mate. Après 'plusieurs autres combats d'où Mate
sort grandi sans jamais y avoir participé, la paix est
accordée aux vaincus à condition qu'ils reconnaissent
la souveraineté de celui qui prendra le premier le nom
de Pomare, et qu'ils lui remettent le maro ura. Cette
ceinture royale sert à investir le jeune Tu, fils de
Mate, du pouvoir suprême au cour des cérémonies
d'investiture sur les marae, en présence des ari'i
perdants.
Pour
les hommes du Bounty cette fin des hostilités coïncide
avec l'arrivée soudaine d'un navire anglais, le
Pandora, venu les chercher. Les mercenaires pris de
panique s'enfuient se cacher dans les montagnes et
d'autres prennent le large à bord de leur goélette.
Ils seront tous capturés et embarqués pour
l'Angleterre où les attendent leurs juges.
Les
Pomare et la fin de l'ancienne société
L'ingérence,
dans les affaires tahitiennes, des antagonistes Anglais
et Français, assoiffés de nouvelles colonies, est
aussi indissociable de l'histoire de Tahiti que le nom
de Pomare.
C'est
en effet l'association armée entre un chef de district
et des étrangers, qui aurait favorisée la position
politique occupée par le premier Pomare.
Avant
l'arrivée des Européens, les Teva, sorte de fédération
dont le nom récent est utilisé pour désigner
l'ancienne dynastie qui ne portait pas de nom
patronymique, étaient réunis autour du grand chef de
Papara et possédaient le pouvoir absolu.
Mais
affaiblis par des guerres contre d'autres puissantes
chefferies, les Teva se seraient vu dominés par les
Pomare aidés d'armes européennes.
Laissons
ce débat sur la légitimité du pouvoir qui oppose deux
grandes familles royales, mais notons quand même qu'à
l'arrivée de Cook, Tu, le futur Pomare I n'est
encore qu'un chef de district dont le rang dans
l'aristocratie est inférieur à celui des chefs de
Papara. En outre il essaye de cacher son origine Tuamotu
qui reste pour lui une tare, les Paumotu étant considérés
par les Tahitiens comme inférieurs.
Pourtant
grâce à l'importance que l'on attachait à l'époque
à la généalogie, Pomare put revendiquer un pouvoir
supérieur, dû à l'étendue de son réseau de parenté
dans les îles de la Société.
Pomare
II, son fils, roi en 1815, intelligent et ouvert, voit
l'intérêt que représente politiquement pour lui le
commerce anglais et la puissance missionnaire. Dès 1812
il demandait le baptême, abandonnant ses dieux
traditionnels. Jusqu'à son règne de despote, devait
avoir lieu une véritable guerre de religion achevée
par la bataille de Fei pi en 1815, donnant la victoire
aux convertis chrétiens.
Cette
défaite des traditionalistes, marqua la fin théorique
de l'ancienne société par la domination définitive
des popaa et des Pomare. Ainsi disparaissaient les Arii,
prêtres et savants, idoles et outils primitifs.
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En
1813 naît Aimata que son père veut élever dans la
religion nouvelle.
Son
éducation n'intéresse pourtant pas les missionnaires
qui portent tous leurs soins sur son frère cadet, le
prince Pomare III. Pour mieux s'assurer de lui, les
Anglais l'ont fait sacrer très jeune, mais le petit roi
meurt 6 ans plus tard. Aimata lui succède à 14 ans
malgré la réticence des missionnaires qui ne peuvent
faire un autre choix. Elle est de mœurs fort légères
et ses tuteurs puritains bâclent à la sauvette son
sacre en janvier 1827.
Devenue
la reine Pomare Vahine IV elle devait être la plus
illustre souveraine de Tahiti en régnant un demi siècle
sur cette nouvelle société. A sa mort en 1877, l'un de
ses fils lui succède et devient Pomare V. Ce roi qui
fera don de ses îles à la France en 1880, meurt l'année
de l'arrivée de Gauguin à Tahiti, en 1891. Avec lui s'éteint
la dynastie des Pomare.
Son
épouse Marau Salmon, sang-mêlé demi juive, demi
tahitienne fut, sans en occuper les fonctions, la dernière
reine de Tahiti. Artiste et cultivée, les historiens de
l'Océanie lui doivent des écrits intéressants sur les
temps anciens. Elle mourut à Papeete le 2 février
1934.
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La
guerre franco-tahitienne
Sous
le règne de Pomare Vahine IV, alors que la tentative
d'installation catholique à Tahiti tournait en lutte
d'influence entre Anglais et Français, un homme joua un
très grand rôle dans le déroulement de l'histoire de
Tahiti. Le pasteur George Pritchard, missionnaire de la
London Missionary Society, arrive en 1824 et remplit les
fonctions de consul d'Angleterre à partir de 1837.
D'une grande influence sur la reine, Pritchard encourage
Pomare IV, fidèle par ailleurs aux protestants, à
demander dès 1838 le protectorat anglais.
En
1842, l'amiral Dupetit-Thouars, après son anneyion des
Marquises par la France, arrive à Tahiti. Pritchard est
à Londres pour proposer le protectorat de Tahiti et la
reine s'est retirée à Moorea.
En
l'absence de celle-ci, l'amiral organise avec le consul
de France Moerenhout, la signature, par le régent
Paraita et les principaux chefs pro-français, d'une
requête de protection.
Diverses
menaces persuaderont la reine d'ajouter son seing, et le
protectorat sera proclamé le 9 septembre 1842.
En
1843 la ratification de ce protectorat par
Louis-Philippe arrive à Papeete et Armand Bruat est
nommé gouverneur des Marquises. En fait il installera
sa résidence à Tahiti pour des raisons pratiques.
C'est
un stupide incident qui fut à l'origine de la situation
extrêmement embrouillée et explosive que laisse
Dupetit-Thouars à ce premier gouverneur en quittant
Tahiti.
En
interdisant à la reine de laisser flotter sur son
palais un pavillon personnel, l'amiral provoque une
crise lorsqu'il impose par la force armée son
remplacement par le drapeau officiel du protectorat.
Sentant sa souveraineté violée, Pomare proteste auprès
du roi de France et Pritchard espère une réaction de
l'Angleterre. La présence d'un navire anglais à
Papeete lui permet d'ailleurs de laisser croire à la
reine et à la population que d'autres bâtiments de
guerre vont pour les aider.
Pourtant
si un autre bateau anglais, le Basilisk, mouille en rade
début 1844, ce n'est pas la guerre qu'il apporte mais
des messages pour Pritchard et pour le commandant du
navire arrivé avant l'annexion. Le gouvernement anglais
leur demande de ne rien faire contre la prise et
l'exercice du protectorat par les Français. Tandis que
le commandant reçoit l'ordre de quitter immédiatement
Tahiti, il est demandé à Pritchard de recommander à
la reine la prudence et, pour lui-mème, d'observer les
plus grands égards envers les autorités françaises.
Il estime inutile d'informer Pomare du contenu de la dépêche,
bien au contraire, puisque très rapidement commence à
circuler dans les districts une lettre signée de la
reine. Elle assure ses sujets que l'Angleterre ne les
abandonnera jamais, que le vaisseau anglais est parti
chercher des renforts et que celui qui reste les protège.
Elle ordonne surtout de supporter patiemment les Français
et de ne pas les maltraiter jusqu'à l'arrivée des
nouvelles.
Bien
entendu la lettre provoque l'effet inverse, et Pomare
craignant pour sa sécurité se réfugie avec sa famille
à bord du Basilisk.
C'est
du côté de la presqu'île que souffle d'abord le vent
de la révolte.
Bruat
fait construire un fortin à Taravao tandis que les
chefs de Taiarapu rassemblent 2000 hommes.
Durant
cette période de face à face tendu, Pritchard est arrêté
à Papeete, puis expulsé le 13 mars 1844.
Les
premières escarmouches se produisent à Taravao
quelques jours plus tard et le mois suivant le
gouverneur engage 400 hommes dans un débarquement
sanglant sur la côte est. Cette bataille sur la plage
de Mahaena, fut le début d'une guérilla qui devait
durer 3 ans. Ce jour-là l'opposition tahitienne compte
102 morts et les Français 15.
Les
Tahitiens conscients du risque de tels affrontements,
installent plusieurs camps retranchés dans les hautes
vallées de l'ile, d'où ils lancent des actions de harcèlement
contre les postes français.
Alors
que la reine part pour Raiatea, les combats s'étendent
aux îles-Sous-leVent.
Enfin
le 17 décembre 1846 la prise du fort de Fautaua par les
Français rétablira la paix.
Pomare
IV finira par se rallier, et le 7janvier 1847 sera célébré
l'accord entre les chefs et le gouvernement français.
Cependant
Bruat ne réussit pas à inclure les îles-Sous-le-Vent,
reconnues indépendantes en juin 1847.
Le
successeur de la reine, son fils Pomare V fera
finalement don de ses États à la France le 29 juin
1880.
L'archipel
des Gambier sous protectorat depuis 1844 sera annexé en
1881, Huahine en 1897 et, l'archipel des Australes sous
protectorat en 1889 deviendra colonie en 1900.
Tahiti
et les archipels prennent le nom d'Établissements Français
de l'Océanie en 1885. Si Papeete s'adapte alors à
l'administration coloniale, dans les îles et les
districts, on continue à vivre à la manière
ancestrale.
Les
Établissements Français de l'Océanie
Avec
le Protectorat, la structure essentielle de
l'administration tahitienne se compose de la cour royale,
de l'Assemblée et des conseils de districts. L'autorité
française elle, est représentée par le gouverneur,
assisté de divers officiers et fonctionnaires.
En
1866 l'Assemblée législative tahitienne vote
l'introduction de la législation française proposée
par le gouverneur. Dans ce Tahiti de 8 000 habitants décimé
par la tuberculose, cette décision prise par les chefs
coutumiers est certainement l'événement le plus
important de la période, avant l'abdication du dernier
roi le 29 juin 1880.
Si
jusqu'à 1880 la France n'exerce vraiment sa souveraineté
que sur les Marquises, c'est la totalité des archipels
qui sera intégrée à son empire au début du XXsiècle.
Aux îles-sous-le-vent d'ailleurs, cette intégration ne
se fera qu'à l'issue d'une longue situation
insurrectionnelle de 1889 à 1897.
Papeete
qui n'est alors qu'un village, s'endort sous la lourdeur
de son administration. Immobile, mélancolique, aux
maisons dispersées, la capitale enfouie sous la verdure
compte 4 000 habitants dont les 95 % sont français.
L'isolement et l'absence de saisons sécrètent l'ennui,
et les fonctionnaires désoeuvrés passent leur temps au
Cercle colonial où les cancans vont bon train.
Totalement séparés des Tahitiens, ils méprisent la
communauté des petits blancs, ces quelques centaines de
colons qui se débattent dans des difficultés matérielles
insurmontables. Ces colons français, surtout issus de
l'armée ou de la marine, n'ont aucun moyen financier
lorsqu'ils choisissent de rester sur place après leur démobilisation.
Quelques-uns dont les compagnes Tahitiennes ont des
terres, se lancent dans des cultures avec lesquelles ils
ne réussissent qu'à survivre.
Les
Anglais, Américains et Allemands, en plus petits
nombres, viennent d'un milieu social plus favorisé et
disposent souvent de capitaux. Certains se sont alliés
par le mariage à la noblesse Polynésienne qui leur
apporte des terres et de la main-d'oeuvre. C'est ainsi
que les premiers, les Salmon, Laharrague, Brander et
Hort, contrôlent le commerce local.
La
France qui constate le peu d"'efficacité" de
la "Société française de colonisation" qui
devait promouvoir l'installation de colons sans
toutefois être en mesure de leur promettre des terres,
autorise le recrutement dans le Pacifique de
travailleurs Océaniens.
S'installent
alors de petites communautés de Mélanésiens, de
Gilbertins, de Atiu et de Pascuans qui s'ajoutent aux
chinois.
Les
chinois,
qui fuient la Chine du sud misérable, arrivent pour la
première fois peu nombreux, en 1856 à Tahiti et seront
employés sur les plantations de coton des Marquises.
Mais c'est en 1865 que l'immigration chinoise devient réellement
importante. La Compagnie Agricole de Tahiti a en effet
recours à ces "coolies" pour pallier le
manque de main-d’œuvre de la colonie.
Ces
travailleurs ont souscrit un engagement de 7 ans avec
les dirigeants de "la grande plantation" de
coton et de café d'Atimaono.
Si
la plantation de William Stewart le directeur, est prospère
pendant toute la durée de la guerre de Sécession aux
États-Unis, à la fin de celle-ci les cours du coton
s'effondrent et Atimaono glisse vers la faillite. Les
autorités craignent alors que les chinois débauchés
ne portent le désordre en se répandant dans le pays.
En fait peu de coolies s'installent effectivement à
Tahiti, la plupart d'entre eux préfèrent retourner en
Chine ou sur les côtes du Pacifique. Il faudra attendre
1907 pour que reprennent les immigrations en provenance
de la Chine continentale.
Ce
sont les chinois issus de cette deuxième vague et de
celles des années 20 qui deviendront des négociants
prospères.
Entre
1964 et 1973 la métropole va peu à peu accorder la
nationalisation française à tous ces citoyens chinois.
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