Cette
étoffe végétale dont la technique de l'écorce battue fut
pratiquée en Amérique Centrale, en Amérique du Sud, en
Afrique Centrale et en Indonésie, est surtout connue dans
toute l'Océanie. Plus particulièrement, le tapa de Tahiti
avait atteint un stade de perfection tel que sa réputation
s'étendait à tous les archipels et que sa finesse retarda
son abandon lorsqu'il dut rivaliser avec les tissus
introduits par les premiers étrangers.
Si
en Mélanésie la fabrication du tapa est l'affaire des
hommes, en Polynésie elle est celle des femmes. Avant
qu'elles se mettent au travail, les hommes ont eu leur
part dans cette activité. Ils ont planté les rejets
d'arbre à pain, (le uru), et le aute (Broussonetia
papyrifera), le mûrier à papier, qui a aujourd'hui presque
totalement disparu. Quand ces tiges atteignaient la
grosseur d'un pouce de diamètre pour le mûrier et d'un
poignet pour l'arbre à pain, on les coupait. Lorsqu'une
quantité suffisante de bois était réunie, on enlevait
l'écorce après l'avoir fendue dans la longueur et soulevée
à l'aide d'une baguette.
Les femmes prennent alors la suite des opérations.
Elles laissent tremper deux ou trois jours les paquets
d'écorce dans un ruisseau, pour les assouplir davantage.
Elles
grattent ensuite l'écorce externe avec un coquillage, pour
ne conserver que le liber. L'écorce interne de l'arbre à
pain est plus facile à séparer de la partie verte en la
pliant et en la détachant d'un seul mouvement. Ces
lamelles sont placées les unes sur les autres sur une
enclume faite d'un tronc d'arbre dur, et le martèlement
commence.
Le battoir, de section carrée, présente quatre faces
gravées sur lesquelles le nombre et la finesse des
rainures augmentent. Les femmes utilisent cet outil en
observant les effets de chacune des faces, et améliorent
ainsi leur travail. L'écorce devenue presque pâteuse, peut
devenir très mince ou être redoublée de plusieurs autres
couches pour obtenir un tapa épais. Le travail est rythmé
et accompagné de chants cadencés.
L'étoffe ainsi produite, d'une teinte presque blanche pour
le mûrier, est alors séchée. Les tapa étaient surtout
utilisés à l'état naturel, mais certains d'entre eux
étaient teints entièrement ou partiellement en rouge et en
jaune. Le rouge était obtenu en mélangeant le suc du mati
(un ficus) avec la sève des feuilles de tou (cordia
subcordata). Le re'a (gingembre) faisait un jaune intense
et le nono (morinda citrifolia)un jaune plus pâle. Le aito
(arbre de fer) fournissait avec son écorce, une belle
teinture brun rouge. Plus tard des impressions végétales
de fougères ou de feuilles d'arbres furent pratiquées sur
certains tapa.
Outre sa fonction vestimentaire, le tapa avait un rôle
social important. Lors d'un mariage, le couple devait
souiller de sang un grand tapa blanc, dont la partie
tachée était enterrée dans le marae. Il était aussi, nous
l'avons vu, utilisé au cours de rituels religieux et
funéraires. Symbole de richesse, le tapa était associé aux
cadeaux et aux échanges.
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