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Après
les membres de la Royal Academy, les dessinateurs
officiels et les peintres Kitch, après les brillants
artistes et les honorables talents, un génie. Dans la peinture française, Delacroix et
Fromentin, ce sont les femmes d'Alger et les cavaliers
du Sahel, Gauguin c'est l'Océanie.
Homme
de finance ayant abandonné la Bourse pour la peinture
et la vie familiale pour la bohème artistique, il part
là-bas, à 42 ans, pour faire peau neuve, se débarrasser
de la civilisation, se retremper dans une nature vierge,
vivre de la vie des sauvages, "sans autre préoccupation
que de rendre, comme le ferait un enfant, les
conceptions de mon cerveau avec l'aide seulement des
moyens d'art primitifs. Les seuls bons, les seuls vrais
".
Ayant
obtenu une vague mission officielle, il arrive ainsi à
Papeete en juin 1891.
Il passera deux ans à Tahiti, installé le plus
souvent à Mataiea, au bord de la mer, "dans une case
au grand toit élevé en pandanus où habitent des lézards". Il connaît là des ennuis de santé et des tracas
d'argent, mais la gentillesse des vahine, la douceur du
climat, la sollicitude d'un ami fidèle et surtout la
stimulation de l’œuvre qu'il a créée lui permettent
de tenir le coup tant bien que mal.
Et quand il se fait rapatrier deux ans plus tard,
il quitte l'île avec plus de cinquante toiles assez importantes, roulées dans ses
bagages, pas mal de dessins et croquis, et quelques
bibelots sculptés". Il y a là "le portrait de
Madame Bambridge", "i raro oviri" et la célèbre "Je vous salue Marie".
Il
expose chez Durand Ruel à Paris un ensemble pour nous,
aujourd'hui, éblouissant. Le public est d'une incompréhension
parfaite. La critique lui a montré le chemin :"pour
amuser vos enfants envoyez-les à l'exposition Gauguin. Ils s'amuseront de voir des images coloriées
représentant des femelles de quadrumanes, étendues sur
des tapis de billard, le tout agrémenté de paroles du
cru".
Malgré
cet échec, Gauguin, mordu par Tahiti et plus dégouté
que jamais par la vie factice des civilisés, décide de
retourner en Océanie.
C'est en 1895. Il n'en reviendra jamais.
Il
s'installe d'abord à Punaauia, à une heure de voiture
de Papeete. Là,
sans retrouver son souffle créateur du premier séjour,
malgré une santé délabrée, il peint avec un certain
plaisir, tout en menant joyeuse vie. Il s'est fait construire une maison sur un
terrain lui appartenant. Mais, même à des prix dérisoires,
150 ou 200 F la toile! Sa peinture ne se vend pas
sur place. Il
vomit du sang, se pense perdu, désespère. Avant de
disparaitre, il brosse une grande toile
qu'il veut un testament symbolique, sur le thème de la
destinée. "D' où venons- nous? Qui sommes- nous ? Où
allons-nous ?(1899)", aujourd' hui l'honneur du Musée
de Boston. Cette
oeuvre achevée, il fait un geste qu'il juge définitif,
et se suicide, avalant une potion à l'arsenic, mais
s'en tire.
Pour
un temps sans espérance artistique il va faire soigner
ses plaies à Papeete. En
ville, on lui offre un petit travail à 6
francs par jour aux Travaux Publics. Il vivote également d'un journalisme satirique
et anticolonial, dont les feuilles se nomment les Guêpes
et le Sourire.
Vollard,
le marchand de tableaux parisien, lui ayant alors proposé
une honorable rente mensuelle contre quelques toiles,
libéré des soucis d'argent, Gauguin s'en ira vivre aux
Marquises où il finira ses jours, assez solitaire, ne
sortant plus guère de sa case perdue dans la nature,
partagé entre des préoccupations revendicatives qui
l'absorbent de plus en plus et son art.
En
quelques mois, il va chercher une vingtaine de toiles
dont les plus belles, Et "l'Or de leur corps" (1901),
aujourd'hui au jeu de Paume à Paris, et les" Cavaliers
sur la plage" (1903), "l'Appel "(1902) représentent
l'ultime étape dans l'évolution de l'artiste vers une
peinture pure où l'essentiel n'est plus le sujet mais
le rythme et les couleurs. Son Autoportrait (1903) date de cette époque. On doit aussi à Gauguin maintes sculptures
inspirées par la mythologie locale et des bois gravés
d'une grande puissance d'évocation.
N'en
disons pas plus sur Gauguin, un "Dossier" lui a été
consacré dans cette série. Que le lecteur veuille bien s'y reporter.
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