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Tous
les peintres rencontrés jusqu'alors n'ont connu Tahiti
qu'en service commandé ou par suite de circonstances
accidentelles : hasards des voyages ou de l'aventure,
appel de l'inconnu, réputation. Leur vocation tahitienne est postérieure à leur
"découverte" de l'île.
Avec
Morillot nous nous trouvons en présence d'un homme qui
n'est pas peintre, mais qui va le devenir parce qu'ayant
rencontré Tahiti il a subi le coup de foudre et décidé
de venir traduire son admiration par la couleur. Et, pour ce faire il va briser une carrière de
marin.
Sorti
du Borda en 1898, après plusieurs campagnes, le
lieutenant de vaisseau Octave Morillot se trouve affecté
sur la Durance, un aviso stationnaire dans le Pacifique. Il est là le camarade de Victor Segalen l'écrivain
des "lmmémoriaux", avant de devenir le poète de
Stèles. Leurs enthousiasmes
s'attirent. Ils se lient d'amitié.
Segalen encourage Morillot dans sa décision de
revenir en Océanie pour y peindre. Après d'assez longs congés plus ou moins réguliers
à Tahiti, l'affaire se termine par un câble du Ministère
de la Marine : Morillot doit reprendre son service ou
quitter la Marine. Ce fut la
démission. Morillot restera à Tahaa :
"île préférée
entre toutes, île bénie où je suis seul, sans européens
gèneurs, entouré d'indigènes, en pleine forêt de la
mer aux crêtes, seul avec mes livres, mes pinceaux, mes
chiens, et une compagne aux longs cheveux".
Assez
argenté, il s'installe dans un vaste domaine polynésien,
plante des cocotiers, installe des vannières, mène une
vie de grand seigneur, introduit taureaux et sangliers,
possède une meute, mais plus encore que la chasse, sa
passion c'est la peinture. Il est possédé
"de la volonté tenace
d'arriver à dire par le pinceau ce qu'il voulait dire. J'ai brisé ma carrière uniquement pour peindre
mes îles. Mon but est précis et très limité !
Quand je suis en France ou ailleurs qu'à Tahaa, même
à Tahiti, je n'ai jamais pu ni dessiner ni peindre. Mon cerveau reste inerte !".
Oui,
dès le début de sa retraite en Océanie, Morillot eut
l'ambition tenace d'employer la plus grande partie de sa
vie à élever un monument pictural à la gloire de ces
îles édéniques où il était venu vivre et à celle
de la race qui l'avait si généreusement accueilli. Autodidacte, à force de travail et de
contemplation, Morillot parvint à découvrir une manière
qui n'était celle d'aucun autre. Derrière un solide dessin, il possède des
coloris violemment heurtés, et dans les gammes
palpitantes où des violets, des bleus, des verts d'une
étonnante intensité s'opposent à des oranges, des
pourpres et des jaunes. L'on reconnaît l'influence de Gauguin sur les
couleurs pures. "Je me souviens d'avoir été ébloui
par l'extraordinaire puissance d'évocation exotique que
présentent ses tableaux qui avaient des magies de
couleur tout à fait inconnues. C'était toute la préciosité chaude de Gustave
Moreau transportée de la légende mythologique dans le
domaine réel des paradis polynésiens".
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