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Un
autre "Artiste-dessinateur" français de cette époque,
c'est Charles Giraud qui fait voile pour l'Océanie par
la gabarre "La Recherche" en avril 1842 et deviendra,
en fait, plus de quatre ans, le peintre officiel du
Protectorat.
Giraud
rapportera de Tahiti des centaines de dessins, crayons
rehaussés de gouache, sépias ou lavis à l'encre de
chine. L'ancien
Musée de la France d'Outre-Mer, à Vincennes, en possédait
quelques-uns.Tout
est pour Giraud un sujet d'études, sa case et sa vahine,
bien sûr, le Papeete qu'il voit naître avec ses
fortifications et ses petites maisons en bois à vérandas,
les indigènes et leurs activités. Que de pêches aux
flambeaux ou de gracieuses scènes nocturnes de danses,
sortes de fêtes galantes polynésiennes. La nature aussi le
passionne. Il dessine de très près toute la faune locale
"avec les gris nuancés d'un crayon que viennent
vivement relever de lumière des accents de céruse".
Il s'enfonce dans les gorges de la forêt où les excès
du soleil et de la pluie favorisent une prodigieuse végétation
qu'il évoque avec précision.
Cependant
Giraud ne trouve pas Tahiti propice à la peinture :
" Le soleil colore mal les objets, tout est noir le matin,
et le soir seulement c'est passable" écrit-il à un
ami en septembre 1846, "le cocotier est élégant mais
ne vaut pas le chêne. Je me suis livré complètement
aux portraits. J'ai beaucoup de têtes d'études
peintes. Chez
moi, c'est une véritable galerie de cartons, Tati,
Paraita, tous les grands hommes de Tahiti y sont représentés
en grand costume" (lettre inédite).
Le
Musée de Versailles conserve deux grandes toiles
tahitiennes de Giraud. Elles concernent
"la prise du Fort de la
Fautahua 1847", une des plus extraordinaires actions
militaires de notre histoire coloniale. Elle vit 62 hommes nus, n'ayant gardé que leur
fusil à piston et des cartouchières, attaquer à
revers une position escarpée de 600 mètres de haut, et
s'en emparer, quasiment sans coup férir, à la suite
d'une escalade d'une audace inouïe. "Deux
remarquables types de tableaux militaires, aussi
mouvementés que du Raffet, aussi chaleureux que du
Ducamp, intensément peints, avec une fougue soutenue et
sans grandiloquence car l'action a été vue dans sa réalité".
A
son retour en France, dès janvier 1848, le Ministre de
la Marine et des Colonies, Duc de Montebello, demande
"à
voir l'album de Giraud et les peintures qu'il a rapportés
d'Océanie". Presque aussitôt nombre de ces dessins
vont être gravés par l' "Illustration", comme
Souvenirs de Tahiti.
A
la suite de ce séjour, Giraud expose au Salon, en 1853,
des " Souvenirs de Tahiti ", en 1854, une
"Fin de la
guerre à Tahiti", plus tard un "Portrait" de Bruat,
gouverneur, ainsi que de nombreuses études à l'huile
de vahiné. OEuvres
maintenant dispersées dans les collections privées et
dont nous ignorons le sort.
Tout
de même, poussez jusqu'à la salle d'histoire du "Musée
de Tahiti et des Iles" à la Punaruu, et regardez. En 1851, le Gouvernement français désireux
d'honorer Pomare IV, avait alloué à Giraud, alors
rentré en France, "une somme de 600 francs pour l'exécution
du portrait de la Reine Pomare, peint à l'huile et de
grandeur naturelle". Cette oeuvre a survécu presque
miraculeusement à la négligence des Pomare.
Elle demeure comme un hommage à Tahiti du
peintre parisien que les milieux artistiques de la
capitale avaient surnommé, "Giraud, le tahitien".
Un
nom français encore doit retenir notre attention pour
cette période, celui de Max Radiguet, écrivain de
marine, secrétaire attaché à l'amiral Dupetit Thouars
à bord de la "Reine Blanche" (1842).
Nous devons à Radiguet un choix de récits
marquisiens d'abord paru dans la "Revue des deux
mondes" de 1859 et intitulé : "Les derniers
sauvages. Souvenirs et paysages d'Océanie".
Radiguet
était aussi un dessinateur. Un éditeur parisien en rééditant son livre en
1929, y a joint 15 dessins, reproduisant en noir et dans
un format réduit, des aquarelles extraites d'un "Album" de l'auteur. Ces planches ne donnent qu'une médiocre idée de
la richesse de ce recueil, malheureusement resté inédit
: une soixantaine d’œuvres marquisiennes ou
tahitiennes, crayons ou aquarelles, esquisses ou scènes
plus poussées, d'une grande valeur documentaire.
Quelques
années après Le Jeune et Radiguet, un autre
dessinateur, anonyme celui-là, le Musée des Arts
Africains et Océaniens, possède en effet un "album"
tahitien, (1846), comportant dix huit dessins
aquarelles, naïve narration graphique d'un tour
militaire de l'île exécutée au temps du Gouverneur de
La Richerie. Ils
représentent des défilés de troupes, des
cantonnements, des vues locales, des fêtes et des
réceptions. L'auteur possède à la fois le sentiment de la
composition d'ensemble et le goût du détail. |